13 janvier 2009
Comme ça
Il y a des gens qui passent,
comme ça,
auxquels on proposerait
volontiers
un peu plus
que l'ordinaire,
un battement de paupière
plus loin
qu'un regard distrait.
Et parfois, on le fait
avec, peut-être, un peu
d'appréhension c'est vrai
en pensant aux si
en pensant aux mais...
Et parfois encore, on se dit
pourquoi pas
encore un pas
encore un peu
plus loin ?
02 mai 2008
Les Textes de "Destins Croisés"
Pour tous ceux qui sont loin - trop loin... -, voici les textes de "Destins Croisés".
Du ciel je tombe en bruine ou en hallebardes drues. La terre je frappe et explose et projette en tous sens de minuscules expressions de moi, enfants différentes et semblables à la fois. Je suis l’eau. Du ciel je tombe en une fraction de seconde. Je cherche le point idéal où je frapperai la terre de ma force mortelle, et d’où je pourrai, peut-être, continuer ma route ; Je suis le feu. De la pente j’accepte le joug. Je rejoins le torrent qui dévale et déborde et emporte tout dans une fureur qui n’est pas mienne. Ou bien encore je me mêle à l’étang et caresse les nymphes, peut-être au fond, allez savoir… je suis l’eau. De ma nourriture je dépends. Si elle s’épuise je meurs à petit feu… Si elle abonde je dévore et grossis et me répands. Le vent me guide et m’attise, son souffle me courtise… je suis le feu. Du robinet je sors, une habitude pour vous. Aseptisée, domestiquée, contrôlée de tous côtés, vous me voulez sûre et sans défauts même si, loin s’en faut telle n’est pas ma nature à moi, l’eau. De la cheminée je suis prisonnier, de vos envies le jouet. Sagement je réduis en cendres je cuis je chauffe j’éclaire. Prenez garde, un jour ou l’autre je pourrais bien décider de m’échapper moi, le feu… De l’été je suis la complice et de vos plaisirs le calice. Jouez, nagez, plongez au creux des rivières, mers, océans… Qu’ainsi vous célébriez l’océan primordial d’où vous venez petits êtres à qui j’ai tout donné moi, l’eau. De vos mémoires je suis le gardien. Petite flamme des autels, je maintiens le mouvement et témoigne du souvenir de vos morts, de vos prières, de vos engagements, et j’en suis fier moi, le feu. Dans vos imaginaires j’abonde. Souvent féminine, je purifie, je baptise, je sépare les royaumes des vivants et des morts. Claire et limpide je rassure, sombre et profonde j’inquiète. Riche de sens comme moi l’es-tu toi, le feu ? De nombreux rôles aussi je tiens A vrai dire souvent masculins, dans les symboliques des humains. Pour l’au-delà j’incinère, courroux du ciel délétère, on me confiait les sorcières. A purifier tu n’es pas solitaire toi, l’eau ! Aux poètes je murmure des histoires de fées, d’elfes et d’amours malheureuses, contrariées, tumultueuses parfois radieuses enfin. Auprès de moi l’on vient chercher l’inspiration qui s’est absentée. Serais-je muse, moi l’eau ? Pour les voyageurs fatigués pour le repos des guerriers on m’allume et dans ma flambée on lit l’avenir en l’espérant serein. Dans mes cendres se dessinent des destins étranges, des prophéties intimes. Serais-je devin, moi le feu ? Toutes les formes je peux prendre, celle du pot, du creux de la main, du lit de la rivière ; aucune n’est mienne, toutes le sont. Je peux même, oh luxe suprême, être solide, gaz ou liquide et toujours sur terre en même quantité. Je suis l’eau. Tout comme toi multiforme et toujours en mouvement, je suis un spectacle permanent. Mes flammes tutoient les nuages, mes braises rougeoient dans la nuit. Et lorsque du volcan je surgis je vous rappelle sur quoi vous êtes assis ! Je suis le feu. Dans l’égout je m’enfuis honteusement chargée de vos rebuts, de vos déchets. Propres vos peaux, propres vos maisons ; à l’abri des regards je cours me cacher loin, dans le dédale de tuyaux sales et gris. Subis-tu ça aussi toi, le feu ? Dans les centrales je ronfle et carbonise de mon mieux vos ordures les moins goûteuses. Plastiques et produits chimiques dégoûtants comburants factices colorent mes flammes de teintes douteuses. N’envie pas mon sort toi, l’eau ! Pour te détruire on m’utilise dans un combat de titans alors nous luttons. Dans les villes, dans les garrigues je dois stopper ton avancée. Mais parfois aussi j’exagère et j’inonde, insolente invitée, vos routes, vos maisons, vos propriétés. Ambivalente je suis, l’eau. Il est vrai : souvent l’on nous oppose ; chaud et sec contre froid et humide, ainsi nous distingue l’alchimie. Mais n’oublie pas, oh ennemie intime que quand je brûle, je combine hydrogène et oxygène et te génère, enfant tout à l’opposé de son père. Créateur je suis, le feu. Ainsi sommes-nous depuis longtemps et pour longtemps encore, témoins de vos débuts, nous verrons votre fin. Mais en attendant dans l’ici et maintenant célébrez, oh êtres humains, des quatre éléments - sans oublier air et terre - l’eau et le feu.
05 janvier 2008
E comme...
... eux, les oeufs, mais Pâques n'est pas encore là. Jeu de mots, maux du je autour du E, trois E ci-dessous, pour qui "voeux"...
04 décembre 2007
Textes des "Prières des Temps Froids"
Recueillement, protège-moi du tumulte du monde. Une heure, une minute, un instant… peu importe. Qu’il me soit simplement donné, chaque jour, de me rappeler ce qui m’anime. Que mon âme trouve son chemin parmi les doutes et les faux-semblants. Alors peut-être prendra-t-elle sa place, humble parmi les humbles, et pourtant intimement liée à un dessein bien plus grand que mon humanité.
Exigence, je te choisis comme compagne. Conduis mes pas vers l’engagement de l’âme et du cœur. Aide-moi à accepter l’échec et l’égarement avec reconnaissance, car eux seuls me tiendront éloignée de l’orgueilleuse perfection. Mène-moi vers l’acceptation sans condition de ma destination : car si tous les chemins aboutissent au même endroit, seul mon regard aimant pavera le mien de paix et de beauté.
Empathie, sois la maîtresse de mes gestes et de mes paroles. Puissent compassion et tolérance m’aider à éviter l’écueil du jugement ; et lorsque celui-ci s’en vient, qu’il me soit permis de l’accueillir sans le juger encore. Rappelle-moi que je n’ai rien ni personne à sauver ; ma seule mission est d’être loyale envers moi-même, pour parvenir à respecter avec douceur la différence de l’autre.
Lâcher-prise, guide-moi dans le désert. Observe ma lutte insensée au nom de mon idée de la réalité. Regarde ma chute, alors que se révèlent vaines mes illusions de maîtrise. Ecoute-moi menacer et supplier, jusqu’au moment béni de l’abandon. Qu’alors vienne le temps où, libérée du poids de toute peur, je pourrai me dévêtir des images et devenir enfin, immense ou minuscule, seulement ce que je suis.
Textes des "Neuf Instants"
APPRIVOISER
Apprivoiser, c’est l’étape intermédiaire, le chemin de vie entre deux extrêmes : se battre contre une situation, et l’accueillir entièrement.
C’est commencer à regarder la réalité du coin de l’œil, discrètement, le temps d’accepter, déjà, qu’elle existe. Puis de l’approcher, tout doucement, avec éventuellement un ou plusieurs retraits précipités vers la position initiale, en cas de doutes ou de peur. De l’approcher encore un peu plus, pour vérifier qu’elle n’est pas mortelle.
Apprivoiser, c’est commencer à ne plus se mentir à soi-même et à cesser de se juger… pour aussi cesser de juger l’Autre.
C’est aussi reconnaître que certaines choses prennent un temps non compressible et non négociable, malgré l’envie d’aller plus vite.
Echecs, souffrances passées, solitude, incertitudes, peur : apprivoiser tout cela, c’est parfois l’affaire de toute une vie… ou de plusieurs, qui sait.
RECEVOIR
Parfois, soudainement, sans prévenir, jaillit l’abondance.
L’instant précédent était peut-être gris, métallique, voire même amer ; en tous cas sans relief. Et brusquement tout foisonne, tout vit avec une incroyable intensité !
Profusion de lumières, de couleurs, de goûts, de sensations, de possibilités.
Oui, mais : y ai-je droit ? Au nom de quelle légitimité ? Après tout, il y a peut-être erreur, on m’a sans doute confondue avec une autre…
Ce n’est pas si facile de recevoir la richesse d’un instant. Il existe des gens doués pour ça, j’en connais. Mais d’autres, comme moi, doivent un peu se forcer, ou plutôt s’autoriser à accueillir cette abondance inattendue.
Même si ça paraît étrange à ceux qui possèdent naturellement ce don !
DÉCIDER
J’ai le doute pré-décisionnel.
Aller à droite ou à gauche ? Rebrousser chemin ou continuer ? Choisir la facilité ou la difficulté ? Accepter ou refuser ? En parler ou se taire ? Montrer ou cacher ? Laisser aller ou prendre en main ? Dormir ou s’activer ? Partir ou rester ? Vivre ou mourir ? J’y vais ou j’y vais pas ? Charybde ou Scylla ? La peste ou le choléra ? Les épinards ou le chocolat ?
Micro-choix ou décisions fondamentales, sans même parler des choix inconscients : même ne pas décider est, aussi, une décision en soi !
Un labyrinthe de possibles… pour arriver, peut-être, au même endroit ?
A moins que quelle que soit la route, son intérêt ne réside dans les découvertes que nous serons amenés à y faire, et non dans sa destination…
DÉSESPÉRER
« La situation est critique, mais pas désespérée !» disait un personnage de mon enfance ; et pourtant…
Je désespère quand mes espoirs ne prennent pas vie. Je désespère quand la situation ne semble qu’empirer, quand j’aurais tellement besoin qu’elle s’améliore. Je désespère quand je cherche du soutien et ne rencontre que du jugement. Je désespère quand je suis épuisée alors que je dois porter et avancer. Je désespère quand j’ai l’impression de n’avoir aucune maîtrise, sur rien.
Je désespère jusqu’au moment où je me rappelle que je n’ai, effectivement, aucune maîtrise sur rien.
Je n’ai que la responsabilité de ce que je vis et pense dans l’instant.
Paisible sagesse… qui prend souvent son temps pour revenir.
DOUTER
Tu vas me le dire, enfin, si Tu existes ?
Il ne dit rien.
Il n’a pas tort : un seul signe ne me suffirait pas. Il me faudrait rapidement une preuve encore plus claire, puis une autre… Ca n’a pas de fin ! A se demander si un document certifié me convaincrait…
Alors je continue, le doute le plus douloureux alternant régulièrement avec la clarté la plus apaisante…
Après tout quelle importance, tant que je peux profiter du spectacle toujours changeant du ciel ?
MARCHER
J’aurais aussi bien pu intituler cet instant « Respirer ».
Parce que parfois, quand la vie blesse, il me vient l’absurde réflexe d’entrer en apnée, comme si cette absence de respiration pouvait changer le cours des choses, ou me préserver de la douleur.
Quand je m’en rends compte, je m’applique un remède ancestral : marcher, idéalement en montagne.
En plein milieu d’une bonne dénivelée, plus moyen de tricher avec le souffle : l’air doit rentrer et sortir, et tout ce que je retenais avec aussi. Arrivée au sommet, le nettoyage est fait.
Marcher : une thérapie, un héritage génétique.
PARTAGER
Un peu, beaucoup, par petits bouts, tout, d’un seul coup.
Debout sous la pluie, assis sur le lit, endormis dans la prairie.
Devant un café au bureau, derrière une bière au bistrot, officiellement ou sous le manteau.
Avec retenue, avec impudeur, avec vertu, avec fureur, en riant comme des poivrots, en pleurant comme des veaux.
Avec les vivants, avec les morts. Avec elle, avec lui, avec nous, avec eux.
Avec vous.
(S’) EXPOSER
(S’)exposer, c’est se montrer sous une juste lumière : ni sur-, ni sous-exposé…
Dire qui l’on est ne constitue pas vraiment un risque. Par contre, mentir sur et à soi-même en est un, et pas des moindres.
Mais nous sommes attachés à nos images ; il faut dire que quand nous les avons construites, elles étaient indispensables, voire vitales. Et puis nous nous y sommes habitués, nous les connaissons pour ainsi dire par cœur, y compris les mauvaises surprises qu’elles nous réservent. Et nous avons peur d’aller vers l’authenticité, cette grande inconnue… Ou alors, seulement dans le secret confortable de la solitude.
J’expose, donc je suis ?
TOUCHER
Mes mains sont dotées d’une volonté propre.
Parfois, elles désirent, elles réclament. Elles exigent.
Toucher cette joue, ce tronc, cette fourrure. Chaud, humide, rugueux, râpeux, piquant, moelleux, lisse, fuyant, granuleux, doux : elles veulent ressentir tout cela, et plus encore.
J’ai souvent du mal à les convaincre que certaines approches sont soumises à autorisations préalables.
Quand elles regimbent, je les fourre dans ma poche, ou je les coince derrière mon dos. Ca me peine pour elles, mais qui est-ce qui devra s’expliquer, après ?








